lundi 28 novembre 2005

Namouna

<<   L'âge tendre   >>

Vladimir Wangermée était mon professeur de déclamation. Pédé comme un phoque, il va de soi. Mais moi, à l’époque, je m’en rendais pas compte pour deux sous, évidemment. Grâce à lui j’ai appris à donner corps à des textes. Parfois je me dis qu’il y prenait un plaisir qui n’avait rien d’innocent. Aujourd’hui je regrette cette innocence qui était la mienne. Surtout lorsque je me remémore chacune des remarques qui accompagnaient ces strophes.



hassan

Namouna. Alfred De Musset.

Le sofa sur lequel Hassan était couché

Était dans son espèce une admirable chose.

Il était de peau d'ours, — mais d'un ours bien léché;

Moelleux comme une chatte, et frais comme une rose

Hassan avait d'ailleurs une très noble pose,

Il était nu comme Ève à son premier péché.


Quoi! tout nu! dira-t-on, n'avait-il pas de honte?

Nu, dès le second mot ! — Que sera-ce à la fin?

Monsieur, excusez-moi, — je commence ce conte

Juste quand mon héros vient de sortir du bain

Je demande pour lui l'indulgence, et j'y compte.

Hassan était donc nu, — mais nu comme la main,


Nu comme un plat d'argent, — nu comme un mur d’église

Nu comme le discours d'un académicien.

Ma lectrice rougit, et je la scandalise.

Mais comment se fait-il, madame, que l'on dise

Que vous avez la jambe et la poitrine bien ?

Comment le dirait-on, si l'on n'en savait rien


Madame alléguera qu'elle monte en berline;

Qu'elle a passé les ponts quand il faisait du vent;

Que, lorsqu'on voit le pied, la jambe se devine;

Et tout le monde sait qu'elle a le pied charmant

Mais moi qui ne suis pas du monde, j'imagine

Qu'elle aura trop aimé quelque indiscret amant.


Et quel crime est-ce donc de se mettre à son aise,

Quand on est tendrement aimée, — et qu'il fait chaud ?

On est si bien tout nu, dans une large chaise !

Croyez-m'en, belle dame, et, ne vous en déplaise,

Si vous m'apparteniez, vous y seriez bientôt.

Vous en crieriez sans doute un peu, — mais pas bien haut,


Dans un objet aimé qu'est-ce donc que l'on aime ?

Est-ce du taffetas ou du papier gommé?

Est-ce un bracelet d'or, un peigne parfumé ?

Non, — ce qu'on aime en vous, madame, c'est vous même.

La parure est une arme, et le bonheur suprême,

Après qu'on a vaincu, c'est d'avoir désarmé.


Tout est nu sur la terre, hormis l'hypocrisie;

Tout est nu dans les cieux, tout est nu dans la vie,

Les tombeaux, les enfants et les divinités.

Tous les coeurs vraiment beaux laissent voir leurs beautés

Ainsi donc le héros de cette comédie

Restera nu, madame, — et vous y consentez.

Posté par caribbeanblue à 23:36 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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