vendredi 2 décembre 2005

VW, tout un poème...

<<   L'âge tendre   >>

Monsieur Vladimir Wangermée était un comédien hors pair. D’un naturel plutôt efféminé, sa voix et son visage pouvaient à souhait prendre des attitudes plus viriles que celles de Sylvester Stallone dans Rambo si son rôle l’exigeait. Il suffisait qu’il troque ses chemises à ligne, ses cravates à pois, ses vestons à carreaux et ses pantalons blancs contre une chemise en jeans et une veste en daim, et c’était un autre homme. Mais dans la vie, il affectait surtout ce côté un peu grande folle qui lui donnait en même temps un air de dandy. Et il privilégiait outrageusement les garçons de son cours, ainsi que les filles qui savaient donner le change. Alexandra et moi figurions parmi ses chouchous. Cependant qu’il ne pouvait pas encadrer Anne-Sophie, ma sœur de coeur.

Il est vrai qu’Anne-So avait la moquerie facile et ne se montrait pas toujours des plus diplomates. Un jour, nous étions tous les deux avec VW dans sa classe. C’était le début du cours. Les préparatoires venaient de quitter le local et VW se ménage une pause en se versant un café de sa bouteille thermos fuchsia, tout en nous commentant le dernier spectacle de Béjart qu’il est allé voir la veille au Théâtre de la Monnaie. Nous l’écoutons avec attention car nous y allons avec l’école à la fin du mois. Il s’interrompt au milieu d’une phrase pour boire une gorgée de café, il est debout, se met de profil, lève la tête bien haut et, le petit doigt en l’air, incline la tasse… Anne-So et moi restons tous les deux suspendus à ses lèvres… quand un petit bruit sec n’émanant très certainement ni de ma voisine, ni de moi, apparaît insidieusement dans ce silence recueilli.

J’ai dû faire semblant d’éternuer bruyamment, mais Anne-So n’a pas pu retenir des convulsions d’hilarité. Et le pire, c’est quand elle m’a dit tout bas dans l’oreille « T’as entendu ? Il a p… » « Euh, tu es sûre ? » Impassible, VW a poursuivi sa critique de ballet, un peu empourpré tout de même, et lançant des regards électriques à mon amie.


tilleuls_verts_de_la_promenade1

Roman. Arthur Rimbaud.

On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
— Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
— On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bons dans les bons soirs de juin !
L'air est parfois si doux, qu'on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits, - la ville n'est pas loin, —
A des parfums de vigne et des parfums de bière …

Voilà qu'on aperçoit un tout petit chiffon
D'azur sombre, encadré d'une petite branche,
Piqué d'une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche …

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! — On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête ...
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête …

Le coeur fou Robinsonne à travers les romans,
— Lorsque, dans la clarté d'un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l'ombre du faux-col effrayant de son père …

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d'un mouvement vif ...
— Sur vos lèvres alors meurent les cavatines ...

Vous êtes amoureux. Loué jusqu'au mois d'août.
Vous êtes amoureux. - Vos sonnets la font rire.
Tous vos amis s'en vont, vous êtes mauvais goût.
— Puis l'adorée, un soir, a daigné vous écrire ... !

— Ce soir-là, ... — vous entrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade ...
— On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade

Posté par caribbeanblue à 17:57 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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