lundi 5 décembre 2005

On n'est pas sérieux...

<<   L'âge tendre   >>

La semaine qui précéda notre visite au Théâtre royal de la Monnaie pour voir le spectacle de Béjart fut mémorable.

Avec Anne-Laure, nous avions décidé de brosser l’heure d’étude du mardi matin pour la mettre à profit, dans le snack tenu par la mère d’une condisciple, à réviser notre cours de math. Manque de bol, la surveillante avait repéré notre manège. Mais ça, je ne le savais pas encore.

Le mercredi matin, pendant le cours de néerlandais, cette langue barbare, je m’étais fait virer par la prof parce que j’avais pris la défense d’une copine, elle-même venant d’être exclue sous prétexte qu’elle bavardait avec son voisin, le caîd de la classe, à qui la susnommée prof n’aurait jamais osé adresser la moindre remarque, de peur de représailles sur son véhicule sans doute. Nous avions donc tous deux été priés de rejoindre la salle d’étude, chose que bien entendu, nous avions zappée.

Le jeudi midi, donc, je me fais attraper par la susdite surveillante qui me colle six heures de retenue d’un coup. Deux pour l’heure d’étude « oubliée » du mardi,  deux pour l’exclusion du cours de néerlandais, et deux en sus pour ne pas m’être présenté à l’étude, comme me l’avait suggéré ma vondélienne professeur bien-aimée.

Là j’avais fait fort. Depuis cinq ans que j’étais dans cette école, mes seules heures de retenue avaient eu pour cause d’avoir renvoyé un bouchon de bouteille de bière de table sur le dos de l’éducatrice qui surveillait le repas de midi. Ledit bouchon venait juste d’amerrir dans mon assiette de potage aux carottes, il n’avait fait qu’un aller-retour, mais le retour avait eu lieu sur le dos du gilet de flanelle grise de Mme Petitjean.

Avec une mère elle-même prof dans l’école, il m’était impossible de cacher la moindre incartade. Mes six heures de retenue avaient donc fait des gorges chaudes, et c’est  un rictus très désagréable qui m’accueillit à mon retour au domicile familial cet après-midi-là.

    Mon vieux, tu files du mauvais coton. Tu me feras le plaisir de faire signer les billets de retenue par ton père, et je ne donne pas cher de ta soirée de demain.

    Mais maman, ça n’a rien à voir. Demain on va voir un spectacle culturel, et…

    Il suffit. Je ne tiens pas à subir les sarcasmes de mes collègues. Tu t’en tiendras à ce que décidera papa.

Le ton ne tolérait aucune réplique. C’est la mort dans l’âme que je rejoignis ma chambre, attendant non sans angoisse le ronronnement de la voiture de mon paternel. Celui-ci ne se fit d’ailleurs pas attendre longtemps. La scène qui s’en suivit se passe de tout commentaire. Les insultes grêlèrent sur ma face déconfite et je n’eus d’autre choix que celui de me réfugier dans mon monde, entre mes draps douillets, mes lectures adolescentes et la pensée de ma chère grand-mère.

C’en était fait du Sacre du Printemps.

Posté par caribbeanblue à 23:20 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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