vendredi 23 décembre 2005

La joie venait toujours après la peine

<<   L'âge tendre   >>

Perrine et moi on est restés ensemble pendant les trois ou quatre jours qui ont suivi le Sacre du Printemps. On n’était pas dans la même classe, on ne se voyait qu’à la récré, alors on se tenait par les mains, on se faisait des petits bisous. Quand il faisait beau dehors, on allait s’asseoir sur un banc dans la cour, à l’ombre d’un marronnier. Elle se mettait sur mes genoux (parfois à califourchon et elle se frottait lentement le pubis contre mes cuisses) et alors on s’embrassait profond jusqu’à ce que Anne-Laure ou Alexandra, jalouses (l’une de moi, l’autre de Perrine), vienne nous interrompre. Ou encore, jusqu’à ce que la fenêtre du bureau des éducateurs s’entrouvre et que la voix de crécelle de Mme Petitjean retentisse. Ce qui est pire que la sirène des pompiers qui font leur exercice tous les premiers jeudis du mois.

Des rumeurs concernant notre moralité étaient parvenues aux oreilles de ma mère. Celle-ci ne m’en a jamais fait part, mais dernièrement je l’ai surprise plusieurs fois à me regarder avec suspicion. Quelques jours plus tard, c’est une Perrine aux joues rouges et au regard étincelant qui me tance vertement. Ma mère aurait fait des remarques à la sienne sur sa façon d’éduquer sa fille. Et la conversation se serait légèrement envenimée. Moi je n’ai rien à voir là-dedans, mais Perrine semble croire le contraire. Elle me traite de petit con et met un terme à notre flirt. J’en suis triste, mais surtout révolté contre ma mère. De quel droit s’ingère-t-elle dans mes histoires ? Heureusement, Perrine n’est pas longtemps fâchée et nous restons bons amis, et puis il y a Anne-Laure qui me fait de l’œil de plus en plus souvent, depuis cette scène, il me semble.

Anne-Laure ce n’est qu’une copine, depuis l’an dernier, après avoir débarqué du Zaïre, où elle a passé deux ans avec sa famille, son père travaillait là-bas. Comme elle était nouvelle dans la classe et qu’elle avait l’air sympa, on a rapidement fait connaissance. Mais cette année, à la rentrée, quand je l’ai vue, j’ai tout de suite vu qu’il y a quelque chose de changé en elle. C’est peut-être ses cheveux, ou ses formes qui s’arrondissent, ou bien son regard. Ou encore les trois. Sa gaîté, aussi. Bref, j’ai passé trois semaines de septembre complètement gaga. Envie d’écrire son nom partout. De crier sur tous les toits « Anne-Laure je t’aime ». C’est débile, ça doit être une question d’hormones, on a vu ça au cours de bio. Cette mégère de Vieuxsart n’a pas manqué de faire remarquer à tout le monde que l’acné qui fleurit çà et là sur mes joues est une réaction du corps aux hormones qui affluent dans le sang pendant la puberté. Je lui aurais fait bouffer son chignon à cette conne.

Elle me plaît bien Anne-Laure, mais elle garde ses distances. Elle est chaleureuse, comme ça, mais dès qu’on approche un peu trop, elle devient froide comme un glaçon. C’est tout le contraire de Perrine. Enfin, ça collerait peut-être mieux avec ma mère…

Sinon, il y a Cyril, aussi. Alors là lui je me demande ce qu’il me veut exactement. Lui et moi on est les deux seuls mecs en option math, depuis l’an dernier, ce qui fait qu’on est devenus copains, parce qu’avant, on n’avait pas tellement d’affinités. Au début je pensais qu’il était surtout intéressé par mes aptitudes intellectuelles, mais j’ai vite réalisé qu’il éprouvait une réelle sympathie pour moi. Cette sympathie s’est d’ailleurs confirmée au début de cette année. Ca a commencé juste après l’histoire des zizis. On a beaucoup discuté de la taille, de l’inclinaison, de la durée de l’érection, et j’en passe. Et voilà que depuis quelques semaines, il semble prendre un malin plaisir à me tripoter la cuisse pendant le cours de trigonométrie. Il faut dire que la prof est tellement saoule qu’elle ne voit rien (pauvre Mme Quisenaire, quand j’y repense… c’était un excellent prof de math). Au début j’enlevais sa main, mais il la remettait aussitôt. Puis je me suis dit que j’allais faire pareil que lui, que ça allait l’emmerder et qu’il allait vite arrêter ce petit jeu. Résultat : au dernier cours de probabilités, on est restés trente-quatre minutes la main sur la cuisse de l’autre, sous le banc. Record absolu. Alexandra avait rapidement repéré le manège et elle nous lançait des œillades tellement discrètes que rapidement, toutes les filles de la classe avaient assisté à la scène. Sauf Anne-Laure et Mme Quisenaire. Le pire, c’est que j’ai l’impression que j’aime ça. Quand sa main remonte le long de ma cuisse je serre les jambes parce que si jamais il arrive à mon sexe, j’aurais trop la honte qu’il sente que je bande.


pont_mirabeau_1908

Le Pont Mirabeau. Guillaume Apollinaire.

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine.

Vienne la nuit, sonne l'heure,
Les jours s'en vont je demeure.

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l'onde si lasse.

Vienne la nuit, sonne l'heure,
Les jours s'en vont je demeure.

L'amour s'en va comme cette eau courante
L'amour s'en va
Comme la vie est lente
Et comme l'espérance est violente.

Vienne la nuit, sonne l'heure,
Les jours s'en vont je demeure.

Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine.

Vienne la nuit, sonne l'heure,
Les jours s'en vont je demeure.

Posté par caribbeanblue à 21:21 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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