vendredi 14 avril 2006

Rétro JT

Je découvre depuis quelques jours, que sur une chaîne de télévision nationale, ils rediffusent chaque jour, à midi, le journal télévisé d’il y a exactement vingt ans. A l’époque j’étais en rhéto, c’est-à-dire en terminale. J’ai des souvenirs assez précis du moment.

La Libye était dans le collimateur de Washington, étant soupçonnée d’abriter des factions terroristes qui avaient commis des attentats meurtriers en Occident. On voit donc le colonel Kadhafi proférer des menaces à l’encontre du gouvernement de Ronald Reagan et des villes du Sud de l’Europe, devant des défilés militaires, pas de l’oie et missiles à l’appui.

On parlait de restrictions budgétaires, de baisse des taux d’intérêts, de réajustements monétaires, d’un « conclave » budgétaire qui allait se tenir dans un ancien prieuré, dans la périphérie de la capitale. Un lieu empreint d’ascétisme, ce qui ne laissait présager rien de bon sur le bouclage dudit budget.

On revoyait la toute jeune Steffi Graaf, à peine seize ans, remporter un tournoi contre la championne de l’époque, Martina Navratilova.

Il neigeait, ce week-end là ! Les céréales de printemps n’avaient pas encore pu être semées, les arbres fruitiers n’avaient pas encore éclos leurs bourgeons. (C’est un peu moins pire cette année, consolons-nous).

Mais le fait qui a le plus retenu mon attention, c’est qu’on venait d’annoncer le décès de Simone de Beauvoir, à l’âge de 78 ans. J’aurais été bien incapable de dire quand cette digne dame était décédée, et je n’ai entendu nulle part que c’était aujourd’hui le vingtième anniversaire de sa mort.

Dans une interview, on l’entendait parler de la condition de la personne âgée dans les villes. Elle disait que dans les campagnes, les personnes âgées étaient souvent plus respectées, gardiennes de mémoire et de traditions, alors que dans les villes elles étaient souvent isolées, ne recevant jamais ni courrier ni visites. Elle en imputait la responsabilité à une société qui use les hommes actifs par des conditions de travail très rudes (citant l’exemple des ouvriers), au point qu’arrivés à l’âge de la retraite, leurs conditions de santé se dégradent rapidement, et ils voient de plus leur condition se précariser, au vu du montant dérisoire de leur allocation.

simone_de_beauvoir_et_jean_paul_sartre_1954

" Il est nécessaire que, par-delà leurs différenciations naturelles, hommes et femmes affirment sans équivoque leur fraternité. "

Par curiosité, je me suis intéressé à sa biographie.

Encyclopédie Alpha (1969)BEAUVOIR, Simone de : Ecrivain français (Paris 1908). Reçue à l’agrégation de philosophie en 1929, elle est professeur à Marseille (1931-1932), Rouen (1932-1937) et Paris (1938) mais quitte l’enseignement en 1943, année de la publication de son premier roman, L’Invitée. Son œuvre, abondante et suivie, se situe dans le courant de pensée existentialiste et son nom, comme sa vie, est lié à celui de Sartre. (…) La pensée de Simone de Beauvoir est tout d’abord une réflexion critique à l’égard des traditions et du conformisme qui entravent la personne dans sa recherche intime de l’existence. Mais elle est aussi, lucidement, une angoisse de la mort qui met un terme définitif à la personne et à sa confiance en un monde qui n’a existé que pour elle. Il y a dans la philosophie de Simone de Beauvoir une déception, mais aussi une espérance : celle que la souffrance de l’humanité et son effort pour se dépasser dans l’amour vrai la conduiront à un état supérieur.

Petit Robert (1994)BEAUVOIR (Simone de) : (…) Elle voulut écrire avant tout des œuvres « signifiantes » et philosophiques, tentant de définir une relation authentique entre l’homme et la femme dont elle affirma indépendamment de la sexualité et de la situation sociale privilégiée de l’homme, la « structure ontologique(*) commune » (Le deuxième sexe, 1954). En 1954, son roman Les Mandarins posa le problème de l’engagement et indiqua qu’en politique comme en morale il faut « confronter le sens de l’acte avec son contenu ». Cette recherche d’une morale authentique, qui est le thème de son oeuvre romanesque, s’exprime également dans la suite de récits autobiographiques où Simone de Beauvoir a dépeint son « projet d’englober le monde dans l’expérience de {sa} vie (…).
(*)Ontologie : partie de la métaphysique qui s’applique à l’être en tant qu’être, indépendamment de ses déterminations particulières. Preuve ontologique de l’existence de Dieu, qui vise à prouver l’existence de Dieu par la seule analyse de sa définition (Dieu est parfait, donc il existe).

Wikipedia, 2005 (…) Son père espérait avoir un fils pour en faire un polytechnicien.
(…) Elle devient très proche de certaines élèves, notamment Olga et Bianca avec qui elle entretient des relations homosexuelles, le "pacte" la liant à Sartre lui permettant de connaître des "amours contingentes ».
(…) Dans le même temps, renvoyée de l'éducation nationale pour détournement de mineure (elle est dénoncée par la mère d'une de ces "élèves-amantes", Nathalie Sorokine)
(…) En 1949, elle obtient une consécration en publiant "Le deuxième sexe". Le livre se vend à plus de 20 000 exemplaires dès la première semaine et fait scandale au point que le Vatican le met à l'index. François Mauriac, l'ennemi de toujours écrira au "Temps Modernes" : "à présent, je sais tout sur le vagin de votre patronne".
(…) Sylvie Le Bon-de Beauvoir, héritière de l'oeuvre de Simone de Beauvoir, a traduit, annoté et publié de nombreux écrits de sa mère adoptive, en particulier sa correspondance avec Sartre, Bost et Algren. Ce travail colossal et qui restitue parfaitement le style "Beauvoir" lève le rideau sur la vie intime de l’auteur, en révélant sans ambiguïté sa bisexualité, et son exaspération vis à vis de certains proches encore vivants au moment de la publication, tels que sa soeur (qui en fut anéantie), et ses anciennes amantes. Cela a créé une polémique et en même temps, nous a permis de découvrir une merveilleuse chroniqueuse et une grande amoureuse !
(…) Dans Le Deuxième Sexe, elle affirme : « On ne naît pas femme, on le devient » : c'est la construction des individualités qui impose des rôles différents, "genrés", aux personnes des deux sexes. Son livre souleva un véritable tollé et son auteur fut parfois calomniée. Rares furent ceux qui lui apportèrent du soutien. Elle reçut cependant celui de Claude Lévi-Strauss qui dit que du point de vue de l'anthropologie, son ouvrage était pleinement acceptable.

Eh bien eh bien. Simone de Beauvoir vient de faire un bond de dix mètres dans mon estime. Je me découvre un point commun avec cette dame : « son père rêvait d’avoir un fils pour en faire un polytechnicien ». Dans l’esprit du père, sans doute, il était superflu pour une fille de faire des études. Ce qu’elle s’est empressée de faire honorablement, mais dans une tout autre branche. (Quant à moi, mon père aussi voulait que je devienne polytechnicien, ce que me suis empressé de ne pas faire).

De plus, cette militante pour l’égalité des sexes aimait aussi les femmes. Ce qui est assez logique. Moi qui la prenais juste pour une féministe acharnée…

Cela m’amène à repenser cette citation indissociable de Mme de Beauvoir, à replacer dans le contexte de son époque : « On ne naît pas femme, on le devient », ou encore « on ne naît pas dans cette condition inférieure de femme, c’est la société qui nous y conduit ». Et de là, on peut remplacer le mot « femme » par n’importe quel autre terme qui se rapporte à une condition « inférieure ».

Le combat de Simone de Beauvoir se révèle plus universel qu’il n’y paraît, surtout à travers le miroir déformant de certaines suffragettes du Mouvement de Libération de la Femme, en leur temps.

Posté par caribbeanblue à 19:31 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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